Aujourd’hui je vous présente l’interview de Herve Sentucq auteur du livre “FRANCE PANORAMAS” et “SCOTLAND PANORAMA” bref un artiste qui a fait le tour de monde et qui nous ramène de biens belles photos. Je vous invite à vous rendre sur le site Panoram-art pour en prendre plein les yeux :-D.

Il n’y a pas a dire le panorama commence vraiment a me plaire et je sens que je vais faire des investissements dans ce sens 😉

Quel est votre matériel photo ?

Jusqu’à présent, j’ai pris la plupart de mes photographies avec le boîtier panoramique Fuji GX617 qui permet de prendre 4 diapositives 56 x 168 mm par film 120 (moyen format) au moyen des objectifs 90 mm, 180 mm et 300 mm. L’énorme appareil est totalement manuel. Les viseurs amovibles permettent de visualiser des cadrages panoramiques précis. Lorsqu’un lieu me semble porteur d’une belle image, je m’allège de mon sac à dos et l’explore muni de ces 3 viseurs. Une fois repérée la position dans l’espace, je déplie mon trépied et effectue tous les réglages sur mon appareil. C’est une démarche lente où l’on réfléchit à chaque aspect qui permettra de créer une image porteuse d’une information et d’une émotion.
Depuis 2009, j’utilise également un boitier numérique Canon 5DMKII et les focales 24, 35, 50, 70-200mm. J’ai également un multiplificateur de focale x1.4. En Trek ou grande rando je n’amène avec moi que le 35mm f/2 et le 70-200 f/4 car la fatigue annihile tout esprit créatif chez moi, j’essaie donc de tendre vers un sac de 10kg (j’en suis toujours à 15…)
Argentique ou numérique, mon trépied est un Gitzo carbone LVL et ma tête photo une Really Right Stuff.
Avant d’appuyer sur un déclencheur, je parcours généralement d’innombrables kilomètres à pied avant de trouver un site, puis j’explore de long en large le site porteur ; et pour finir je tourne quelquefois presque 1h dans un périmètre pouvant aller de 20cm à 5m autour du point de l’espace pressenti pour y installer mon appareil. L’attente de la lumière, elle, peut prendre quelques minutes ou quelques heures… et généralement nécessite de revenir plusieurs fois, à quelques jours ou quelques mois d’intervalle.

Comment vous est venue la passion de la photo ?

En 1989, quand j’ai dévoré le livre de poche “La photographie” d’Edouard Boubat. Le déclic a eu lieu. Bien entendu, j’ai commencé par m’éparpiller et explorer tous les champs de la photographie. En 1997, j’ai souhaité en faire mon métier. Pour être un jour reconnu, il est grandement préférable de choisir un domaine, de s’y tenir et d’y travailler toute sa vie. J’ai donc réfléchi à ce que je savais le mieux faire parmi tout ce qui me plaisait. Grandes marches, solitude, nature, intérêt pour la lumière,  quête de paysages idéaux imaginés dans mes rêveries… la photographie de paysages s’imposait.

Comment êtes vous arrivés à faire des photos panoramiques?

Il me fallait imprimer une marque. Après la photo de famille, celle de paysage est la plus pratiquée. Cette concurrence me paraissait trop rude pour mes épaules. Je me tournais donc vers la photographie de panoramas, qui était alors peu répandue en France. Le matériel était cher et l’utilisation de tels appareils demandait une rigueur un peu “scientifique”. Mais cela correspondait bien à ma façon de voir le monde et mes envies de grands espaces. Finis donc les montages-découpages-collages de plusieurs photos pour redonner de l’étendue à mes paysages, j’achetais d’occasion, fin 1997, un Fuji G17 avec objectif fixe de 105mm, quelque chose comme 80° de champ horizontal en une prise de vue.

Comment se prépare un livre Panoramique et combien de temps vous faut-il pour réaliser un ouvrage ?

Pour mon premier livre sur la Normandie, ce fut très décousu. Au départ il n’était pas question de livre. Le choix de cette région s’était imposé logiquement car elle était délaissée par les photographes. Je voulais montrer que toute région avait un fort potentiel et pouvait donner une impression de majesté et de grandeur, comme le font depuis longtemps les régions de Bretagne, P.A.C.A. ou Rhône-Alpes. La Normandie allait donc me servir de premier exemple et aussi de long stage de formation. Après quelques expositions, l’envie d’adjoindre des textes à mes images s’est fait sentir afin de faire aussi partager avec des mots la magie et l’essence des lieux visités. Après 10 ans à former mon regard dans cette fenêtre 3 fois plus large que haute, je me suis lancé dans la réalisation d’un livre. J’ai réfléchi à toutes les meilleurs mises en pages pour ce format d’images, j’ai écrit des textes vulgarisés et me suis fait aider par la maison d’édition qui édite les ouvrages des membres de l’association que je soutiens (http://www.icrainternational.org/). Ainsi nest né “Normandie, horizons panoramiques” en co-édition avec Anako-Pages du Monde. Ce dernier diffuse en librairie, je vends pour ma part pendant des diaporamas-conférences ainsi qu’aux institutionnels et aux entreprises des régions Basse et Haute-Normandie.
2 ans plus tard, j’ai réitéré l’expérience avec un livre sur l’Écosse. Comme pour la Normandie, ce ne fut pas moins de 15 voyages de 3 semaines en moyenne qui m’ont été nécessaires pour couvrir l’ensemble du territoire et sous toutes les saisons. Pour l’Écosse, j’ai choisi l’auto-édition afin d’être totalement libre quant au choix du format, de la mise en page et du contenu. Vulgariser l’histoire, la géologie, l’écologie, les traditions… des habitants des hautes-terres d’Écosse m’a demandé 1 année entière de travail avant que je ne sois satisfait du résultat. Aidé de 2 personnes bilingues, l’aventure de la traduction en anglais a nécessité plusieurs semaines d’un travail enrichissant mais harassant… Un livre unique est sorti. Cette aventure extraordinaire a connu une fin malheureuse : tout petit éditeur, j’ai eu un mal fou à ce que les grandes librairies me créent un “compte fournisseur” malgré un intérêt quasi-unanime. La diffusion librairie a donc été quasi-inexistante (sauf auprès des FNAC qui le référencent et en vendent un peu), condamnant ce livre.
J’ai participé ensuite à la collection de livres panoramiques estampillés Géo, tout en cherchant à solutionner ce problème essentiel de la diffusion. Parallèlement j’ai attaqué le projet qui trottait dans ma tête depuis le début, un livre sur les paysages de France. Les bons photographes régionalistes sont bien souvent limités à la zone géographique située autour de chez eux, vie de famille oblige. Les passionnés de photo de nature sont allergiques à la marque de l’homme. Mon projet était à cheval sur ces 2 mondes. Illustrer la variété des paysages français, naturels, quasi naturels, peu inscrits par l’humanité ou modelé totalement de la main de l’homme… qu’importe pourvu que règnent l’harmonie et l’impression de justesse.
Le principal éditeur anglais de livres de photos panoramiques s’est intéressé à mon projet et nous avons trouvé un terrain d’entente (après 12 mois d’échanges et de négociations). La deuxième année de réalisation des images s’est effectuée dans cette nouvelle optique. Ont suivi 6 mois de sélection, d’écritures de textes, de relecture et de suivi des bons à imprimer.
Aoùt 2009, je suis libéré en partie de cette aventure et je réfléchis de nouveau à comment diffuser soi-même un livre. Le prochain livre sur l’Auvergne est quasi fini. Le monde de l’édition change de plus en plus vite et la commercialisation de celui-ci n’aura probablement pas grand chose à voir avec les précédents projets. Toujours contraint de s’adapter et surtout de trop s’adapter.
Entendons nous bien, réaliser un livre en y étant pour ses frais ou en gagnant des miettes n’est pas bien difficile à notre époque. De nombreux éditeurs guettent les passionnés de photo ayant pas ou peu de prétentions de rémunération. L’expérience est souvent assez mal vécue après coup par ces photographes amateurs ou experts. Mais, rembourser tous ses frais et s’assurer 2-3 ans de revenus pour chacun de ses livres demandent de l’acharnement et une grande confiance en soi. Il faut livrer de nombreuses et longues batailles pour se faire respecter et ainsi pouvoir ré-itérer l’expérience.

Lors d’un panorama vous réalisez une série d’un seul ou vous faites plusieurs essais ?

En argentique, je ne double une photo que si les conditions de lumières sont extrêmement changeantes. Je cale mon exposition à partir des réglages d’une photo numérique dont l’histogramme est bien calé. Je suis donc assuré du résultat (aux différences films-capteurs près).
Pour un panoramique numérique par assemblage, je m’accorde une deuxième série pour assurer en cas d’un problème sur une image. Mais je n’ai pas constaté un tel souci jusque là : prenant les photos en mode manuel et avec une mise au point manuelle, je m’évite tout souci de mauvaise exposition ou de mauvaise mise au point (problème fréquent en numérique).
La photographie pano par assemblage est dévoreuse de temps, aussi je ne me rajoute pas le travail de trier la meilleure série de 4-5 images sur 15 séries. Je continue à travailler comme en argentique avec une chambre. Une photo pano dans la journée est considérée comme une très bonne journée…

Combien de photos vous faut t’il pour un Panorama ?

Avec le matériel argentique, une seule photo suffit.
Avec l’appareil numérique, je fais 4-5 photos que j’assemble ensuite avec le logiciel “Autopano”. J’ai longtemps hésité à m’essayer aux panos par assemblage. Un cadrage précis à 95% est essentiel lorsque l’on arrange chaque élément de l’image et que l’on ne laisse rien au hasard. Aussi après une dizaine d’essais pourtant concluant début 2005 j’ai préféré continuer avec mon argentique : je maitrisais toutes les étapes de la chaîne de production après de nombreuses années d’apprentissage et ne souhaitais pas tout recommencer. Début 2009, suite à  un problème d’épaule, qui nécessitait de m’alléger, j’ai réellement attaqué la prise de vue numérique. Comprendre le développement RAW, confectionner une tête panoramique personnalisée et légère, bidouiller un viseur pano au format 1×3 qui me permet de connaître à l’avance le résultat de mon assemblage, domestiquer le logiciel Autopano et la projection rectilinéaire… autant d’explorations dévorantes en temps. Au bout de 6 mois d’assiduité, d’erreurs, de tentatives ratées, j’ai fini par caler mon processus du cadrage à l’assemblage final des images.  Ma préférence va à l’assemblage de 4 photos, l’appareil en horizontal, j’archive des fichiers finaux de 240 Mo en 16 bits, taille suffisante pour effectuer des agrandissements géants sur toiles et pas trop importante pour ne pas blinder mon disque dur d’ordinateur. Je réalise ainsi des panos par assemblage avec des objectifs allant du 24 au 280mm, soit le même champ horizontal que celui que l’on aurait en 1 seule photo avec des objectifs allant du 12 au 140mm.
Si l’occasion se présente et si je peux rendre une image sans déformation visible apparente, je m’autorise la projection cylindrique ou sphérique et des champs de 135 au 220°. L’absence de viseurs est moins gênants pour de telles angles. Mais dans un souci de perfection (j’aimerai tant m’en guérir en partie…), je souhaite me procurer de tels viseurs détachables ou bien me les confectionner.

Quel poste traitement vous autorisez vous sur les photos en plus de l’assemblage ?

En photographie de paysage il est de bon ton de répondre aucun 😉 En fait il est impossible de répondre concisément à une telle interrogation. Chaque photographe a ses petits secrets. Je ferai donc ici un début de réponse et j’invite ceux qui s’intéressent à cette question à lire mes prochains tutoriels qui l’aborderont plus en profondeur. Quoiqu’il en soit, le résultat final se doit d’être plausible et conforme à ce que l’on pourrait observer sur place. Pas de couleurs sorties du monde de la pub, pas de montage bien sûr. J’aimerai dire que le résultat obtenu est proche de ce que j’ai vécu sur les lieux. A cela près qu’une image 3D est ramenée en 2D réduisant conséquemment la profondeur du paysage, que l’appareil est bien moins performant pour rendre les parties trop peu ou au contraire trop éclairés que ne l’est le cerveau, que les couleurs des ombres une journée de beau temps sont restituées bleus par l’appareil (elles le sont réellement) ont été corrigées par notre cerveau pour être neutre lorsqu’on les a regardées… Quelques éléments qui permettent d’appréhender cette réponse : mon travail consiste surtout à corriger les contrastes de certaines parties de l’image, ainsi que corriger quelques teintes, ceci afin que l’image se rapproche le plus possible de ce que je me souviens avoir vu.

Prometez-vous de nous tenir informés de vos prochaines séries ?

Promis donc j’essayerai de faire de mon mieux pour que vous soyez informés  :-). Mais je vous encourage également à vous inscrire à ma newsletter. Mon prochain livre sera sur l’Auvergne et va sortir début 2010. Il est déjà prêt en grande partie. Ensuite, j’aimerai continuer une collection de livres de photos sur les régions de France.
En attendant je vous invite à découvrir mon travail sur www.panoram-art.com : Plus de 500 images de panoramas, des articles gratuits et des informations complémentaires sur mes livres, une boutique en ligne pour acheter tirages, livres, droits d’auteur…

A propos de l'auteur

Guillaume Manceron est le fondateur de photopassion.fr proposant des reportages photos, des tests d'equipements ou bien des podcasts. En 2006, Il découvre les joies d'avoir un reflex numérique et depuis sa passion n'a pas changé

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